QVEMA : On débriefe pour vous la saison 3

QVEMA saison 3 débriefing : Le Capital-risque entre dans tous les foyers grâce à M6 ! Mieux que les incitations fiscales ! Mieux que les débats politiques !

Nous avons là une émission qui permet au capital-risque, cette activité très peu connue, mais si nécessaire à l’amorçage de nos start-up, de toucher un large public. De contribuer à faire connaître les fondateurs. De mettre en lumière le métier des investisseurs.

#QVEMA Saison 3 : Un Débriefing Complet | Aaticka

Le reflet de l'écosystème start-up

Pour autant, cette émission reflète-t-elle la réalité de notre écosystème start-up/levée de fonds/financeurs ? Capital-risque et téléréalité sont-ils compatibles ? Investisseurs et Fondateurs sortent-ils de l’émission renforcée ? Notre analyse…

L’émission, un miroir de la réalité ?

L’émission est-elle représentative du financement en Capital-risque et de la levée de fonds ? Quelles conditions d’instruction des projets ?

Tout d’abord, rappelons dans quelles conditions se déroulent l’émission et « l’instruction » des dossiers. Les jurés investisseurs ne connaissent pas à l’avance les projets. Ils n’ont pas de deck. Et pas de business plan. Ils doivent se faire une opinion uniquement sur la base :

  • Du pitch et des softskills témoignés à cette occasion par les fondateurs,
  • Des réponses des fondateurs à leurs questions (l’émission les appelle…« candidats »),
  • De leur expérience et de leur intuition.

Ces conditions sont-elles applicables à la réalité terrain du capital-risque, dans le monde du VC en dehors des plateaux ?

Autant il nous semble que oui pour les Business Angels et les Family Offices réellement… familiales, où le coup de cœur joue autant que le deck et le BP.

Autant le concept de l’émission n’est pas applicable aux réseaux de BA (notamment les plus importants tels que Badge, CleanTech BA, Femmes BA, ou Insead BA), aux Corporate VC, aux fonds et aux sociétés d’investissement :

ces acteurs engagent en effet, au-delà du pitch, des processus d’instruction et de due diligence, que le format de l’émission ne permet évidemment pas.

Les projets présentés, un reflet fidèle ?

Les projets présentés sont-ils ceux reçus « dans la vraie vie » par les investisseurs
L’émission ne se pose visiblement pas en porte-étendard de la French Tech. La levée de fonds, prétexte à l’émission, est avant tout une clé d’accroche pour un très bel angle de présentation de l’entrepreneuriat et de la liberté d’entreprendre sous toutes leurs facettes et sous toutes leurs richesses.

Des projets réellement start-up, ceux qui sont effectivement éligibles aux levées de fonds, car correspondant aux risques pris et aux plus-values attendues par les investisseurs : on peut citer Caps Me (capsule de café réutilisable), Capillum (recyclage des cheveux), Circle Sportwear (vêtements 100% végétaux), Détective Box (jeux d’énigmes)…

Des projets davantage orientés PME dans un premier temps, pouvant donner des belles ETI ensuite : ces projets mettront peut-être plus de temps à atteindre un rythme d’hyper-croissance tel qu’attendu pour les start-up : Callisis (reconversion sociale de locaux vacants), This is Blind Test, Boarding Ring (lunettes contre le mal des transports), Lapee (urinoirs féminins)…

Des projets plus artisanaux : La paille d’O (pailles végétales), What the foc (vente de sandwichs focaccia)…

Si on fait abstraction de la crédibilité de lever des fonds pour des projets artisanaux, l’émission montre la diversité des possibilités de créations d‘entreprises en France. Et ce, quel que soit le niveau d’ambition des fondateurs.

Et si l’émission peut ainsi contribuer à créer des vocations dans notre pays, si elle peut permettre à des aspirants entrepreneurs de se lancer, alors nous l’accueillons favorablement.

Nous sommes toutefois surpris du manque de diversité des projets présentés. On peut schématiquement répartir les 35 projets présentés au cours de cette saison en 3 grands domaines.

Les projets et l'image de la French Tech

Le mieux-vivre : Tikino (alternative aux écrans d’enfants), Dijo (pilules probiotiques), Sister Feel (lingettes intimes), Colibree (colocation intergénérationnelle) …

Le loisir : Tchao Tchao (transformation des voitures en vans touristiques), Cake Master (Kit de pâtisserie), NKD Puzzle (jeux d’énigmes), Humans and Drones (immersion touristique)…

Le textile : Resap Paris (vêtements recyclés), Body Glory (Cuisses kiss touche), Floatee (vêtements anti-noyade), les Mains de mamie (vêtements tricotés)…

On manque donc une occasion à travers l’émission, et nous le regrettons, de témoigner de la performance de notre système de formation, de nos chercheurs, de nos incubateurs, de nos laboratoires. Ainsi, parmi les thèses absentes de l’émission :

  • Quasiment pas de projet projets Tech / Saas, à part Nanaba (contrôle parental via EdTech) et Whatizis (Shazam des monuments)
  • Uniquement 2 projets Deeptech (Aglaé (végétaux luminescents) et Emova.me (avatars pour expérience d’achats)) et 1 seul projet Futur of the work (Ethypik (street recrutement))
  • Absence totale de projet FinTech, Intelligence artificielle, IoT (1 seul avec My.Eli (bijoux anti agressions)), Web3, MedTech, PropTech, Mobility (ce dernier point étant pourtant un des enjeux du quotidien susceptible donc d’intéresser les téléspectateurs).

C’est dommage. Peut-être ces sujets ont-ils été écartés en raison du caractère grand public de l’émission ?

Mais nous regrettons que la créativité des fondateurs et la technologie française n’aient pas été davantage mises en valeur. L’émission aurait pu permettre d’émerveiller le public sur les tendances de consommation et de travail de demain, appuyée sur les fondateurs d’aujourd’hui.

Les profils des fondateurs

Les profils des fondateurs de l’émission sont-ils ceux qui lèvent habituellement des fonds ?

Là, clairement, l’émission diverge de la réalité : dans son panel de fondateurs, l’émission (et c’est naturellement compréhensible pour un programme grand-public) sur-représente les projets familiaux (fratrie, parent – enfants, couple) et les projets avec une fondatrice (18 sur 35 projets soit 51%, contre 32% selon les statistiques Infogreffe).

Cependant, nous retrouvons une diversité en âge globalement conforme à ce que nous constatons dans notre quotidien parmi les fondateurs qui nous sollicitent pour accélérer leurs levées de fonds : beaucoup de vingtenaires et trentenaires, un creux chez les quadras, une reprise chez les quinquas et fort peu de sexagénaires.

Le rôle des investisseurs

Les start-up qui ont levé des fonds dans l’émission les auraient-elles aussi levés dans un contexte plus classique ? Bien entendu, il est difficile d’extrapoler le contexte particulier de l’émission dans la vraie vie du capital-risque.

Sur le volet Hardware tout d’abord qui a souvent trouvé grâce aux yeux du jury investisseurs : en raison de la quasi-absence de projet Tech et DeepTech (peut-être parce que le format de l’émission nécessite que les fondateurs puissent rapidement présenter un outil plutôt qu’un concept ou un logiciel), les projets avec une composante Hardware importante ont été surreprésentés. Le cas significatif en fut la bataille pour entrer dans le capital (à coups de surenchères), autour de Tchao Tchao (transformation des voitures en vans touristiques), pourtant extrêmement Hardware.

Dans la vraie vie, nous constatons une plus grande frilosité du capital-risque face aux dossiers avec une composante, même minime, de Hardware. Car ce sont des projets souvent estimés par les capitaux-risqueurs comme générant moins de marges, étant moins scalables, induisant des sous-traitants et/ou un outil industriel, consommant du BFR…

L’émission valorise ici les projets concrets, les projets tangibles, plus que dans la vraie réalité des levées de fonds. Et nous ne pouvons que nous en réjouir.

Sur le volet de l’émotion ensuite : les sœurs de CakeMaster (kit de pâtisserie) et les époux de La paille d’O (pailles végétales) auraient-ils levé des fonds sans le contexte empathique de l’émission, sans une certaine image de marque et de notoriété qui doit forcément induire des biais dans la réflexion des investisseurs ?

Nous ne saurons le dire. Mais après tout, investir sur un coup de cœur, c’est aussi un critère, n’est-ce pas ? La love money existe et constitue un levier de financement parmi les autres.

L'image des investisseurs

Tout d’abord, il faut le dire, l’émission est assez peu pédagogique sur les principes et les enjeux des levées de fonds.

Quand nous interrogeons nos proches, ils nous disent passer un bon moment, mais avouent ne rien comprendre, ou si peu, aux enjeux de négociation autour de la valorisation. L’émission peut aussi laisser penser qu’il s’agit là d’argent facile, gagné « sur la tchache », les montants levés étant sans commune mesure avec le salaire du commun des mortels.

Pour autant, les investisseurs apparaissent-ils déconnectés de la vie courante ? Cela ne nous semble pas être le cas. Un message important véhiculé par l’émission est qu’en early-stage, la relation fondateur / investisseur n’est pas exclusivement basée sur l’argent :

  • Les fondateurs ne quémandent pas (à quelques exceptions près) : ils attendent surtout du réseau et de l’accélération ;
  • Les investisseurs ne parlent pas que de rentabilité (d’ailleurs les aspects d’exit ne sont abordés qu’une seule fois) : ils présentent aux fondateurs quels atouts, quelle contribution, quelle smart-money, quelle valeur-ajoutée, ils vont pouvoir leur apporter.

Et si les investisseurs apparaissent particulièrement critiques quand ils ne veulent pas financer, si leurs saillies sont percutantes, ces critiques sont le plus souvent empreintes d’une grande empathie et d’une belle confraternité. Ils restent dans une critique constructive. Comment donner un meilleur potentiel à ton projet ?

Quels sont les points de faiblesse de ton dossier ? Comment aller chercher le marché ? Faut-il vraiment que tu persévères dans cette direction ?

Parfois, même s’ils n’investissent pas, ils s’engagent de manière complémentaire : à acheter leur produit, à leur transmettre des contacts, à les rappeler plus tard. En tout cas, ils s’engagent indépendamment de leur éventuelle entrée au capital. Et c’est un beau message de solidarité des fondateurs à succès vers les fondateurs en devenir.

À nos yeux, le jury (et, par extrapolation, le monde des investisseurs) transmettent de l’empathie et témoignent d’un souci de protection du fondateur. Nous retiendrons de cette saison, une fois les sœurs fondatrices de CakeMaster (kit de pâtisserie) ressorties les mains vides du plateau, Jean-Pierre Nadir se pencher vers Delphine André pour lui chuchoter « on ne peut pas les laisser comme ça ».

Et c’est l’image forte que nous garderons de cette saison 3.

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