Qui finance les start-up françaises en Série A ? Quelles sont les activités les mieux financées par les investisseurs, les secteurs d‘activités où l’on trouve le plus d’investisseurs, et au contraire, ceux qui peuvent avoir plus de mal à lever ? L’analyse d’Aaticka…
Évacuons tout de suite la question de la définition de la Série A. Il n’y pas vraiment de définition précise, puisque la notion même de Série A dépend du ticket recherché en equity, de la maturité de la start-up (et son niveau de traction commerciale notamment) et … du pays où vous vous trouvez (une Série A aux États-Unis étant sans commune mesure avec une Série A européenne, à fortiori française). Dans notre étude, nous avons donc schématisé ainsi : une levée Seed (ou amorçage) est une levée de 1 M€ maximum, avec un début de traction. Une Série B, c’est une levée de plusieurs dizaines de millions d’euro (en capital développement souvent). Pour cette étude sur les Séries A, nous avons extrait de notre base Aaticka Jump d’investisseurs tous les financeurs capables de déposer un ticket compris entre 1 et 10 M€.
Il peut s’agir :
En synthèse, 6 grandes familles d’investisseurs apparaissent, regroupant nos 37 thèses (cf. cartographie) :
Les niches sont les secteurs d’activités les moins prisés par les investisseurs : ces secteurs ont un nombre de financeurs dédiés très faible qui, de surcroît, apportent les plus petits tickets en capital-risque. On trouve dans cette catégorie :
Ces niches concernent des start-up souvent positionnées sur ces activités très spécifiques. Elles disposent d’une très faible diversité d’investisseurs pour se développer (moins de 50 investisseurs potentiels pour chacune de ces thèses), qui apportent, de surcroît, les plus petits tickets en Série A, de l’ordre de 3 à 3.5M€. Ces investisseurs, peu nombreux, sont en revanche experts de leur activité avec un portfolio très ciblé : plus que du cash, ils apportent des solutions techniques, proposent des synergies avec le reste de leur portefeuille, et peuvent contribuer à ouvrir des marchés aux start-up de leur portfolio.
A noter : le DeepTech entre presque dans cette famille, avec très peu d’investisseurs, et des tickets très faibles en Série A (alors qu’en Seed, leur ticket sont plus élevés que la moyenne).
Les activités BtoB concernent des métiers de services, de logistique et de hardware. On y trouve notamment les thèses d’investissement suivantes :
Les financeurs de ces thèses ne sont pas non plus forcément très nombreux (entre 20 et 80 par thèse pour les Séries A en France), mais ils sont plus nombreux que les investisseurs de niche et surtout, ils mettent des tickets plus importants en Série A, entre 4 et 4,5M€ en moyenne.
A noter : les financeurs AssurTech se rapprochent de cette typologie de financeurs (forte spécialisation et tickets assez importants).
Les activités orientées BtoC et grand public font l’objet des plus gros tickets en Série A. Alors que les investisseurs sont très méfiants sur ces sujets en Seed (craignant des dépenses marketing non maîtrisées et sans garantie de résultat, donc extrêmement risquées), ils n’hésitent pas à apporter des montants extrêmement conséquents une fois la preuve du marché acquise, montants qui vont ainsi permettre à la start-up d’occuper la place, d’imposer une marque multi-pays ou multi-continents, de générer de l’hyper-croissance … et de tuer dans l’œuf toutes velléités concurrentielles. Ces investisseurs posent les plus gros tickets de Série A : plus de 4.5M€. Cela concerne les activités BtoC suivantes :
Nous positionnons, dans cette famille des préparateurs d’avenir, les financeurs qui contribuent à préserver la planète et nous préparer une une vie plus respectueuse de l’environnement et plus saine. Cela concerne les activités à impact dans les secteurs économiques suivantes :
Et, avec un peu moins de financeurs potentiels :
Et, avec des tickets un peu plus faibles :
Signe positif et d’espérance en ces temps maussades pour la planète : dans cette famille, nous trouvons des investisseurs :
Et c’est plutôt un signe d’espoir et de confiance en l’avenir que de constater la convergence et le désir d’action des fondateurs et des investisseurs. Comme autant de réponses inspirantes à nos enjeux collectifs.
A noter : Les financeurs à Impact social se rapprochent de cette typologie, même si leurs tickets sont moins élevés que pour l’impact environnemental.
Les thèses populaires sont les secteurs d’activités où nous trouvons le plus grand nombre de financeurs (entre 150 et 200) à disposition des start-up françaises qui lèvent en Série A. On y trouve 3 thèses :
Ce sont des activités à la fois
Les investisseurs sont donc les plus nombreux sur ces thèses, notamment les Corporate VC, ainsi que les fonds VC qui exploitent ces thèses dans l’air du temps pour séduire leurs propres bailleurs de fonds (LPs et fonds de fonds).
Pour autant, cette densité et ce foisonnement d’investisseurs offrent-il davantage de facilité à lever des fonds ? Et pour un fondateur en mal d’inspiration, est-ce une bonne idée que de creuser une idée dans ces domaines afin de se lancer ? Oui et non : car si le nombre d’investisseurs spécialisés est important, le nombre de dossiers qu’ils reçoivent l’est tout autant. Autant dire que la concurrence est rude sur ces sujets.
Nous nommons cette famille les futures licornes (un peu pompeusement, nous en convenons volontiers), parce que ce sont des activités très propices à une hyper-croissance : 11 des 27 licornes françaises au 1er janvier 2023 font d’ailleurs partie de cette famille de thèses. Ce sont des activités (et ça va rassurer les fondateurs ambitieux) qui ne nécessitent pas des moyens financiers démesurés pour lever en phase de capital-risque (Seed et Série A). Les tickets des financeurs à ce stade de maturité se trouvent dans la moyenne.
Ces activités très propices à un développement rapide et une valorisation pouvant devenir exceptionnelle sont :
Ce sont des domaines, avec des activités très favorables à l’hyper croissance, qui plaisent particulièrement aux investisseurs. Plus de 100 investisseurs se positionnent résolument sur chacun de ces 3 créneaux pour les start-up françaises en Série A. Pour autant, n’imaginez pas que lever des fonds sera facile : comme ce sont des domaines très favorables pour atteindre le statut (envié ?) de licorne, on y trouve des fondateurs particulièrement résolus. La bataille pour séduire les investisseurs n’en est donc que plus féroce.