Fantasmer sa valo, c’est planter sa levée !

Fondateurs : fantasmer sa valo, c’est rater sa levée !

Le fameux ratio Valorisation sur CA (ou EV / revenue)… Ou dit autrement : ta valorisation correspond à combien d’années de ton chiffre d’affaires ?

Comme tout ratio, il est bien sûr sujet à caution. Mais il permet d’objectiver les projets et il est donc regardé finement par les investisseurs.

Selon une récente étude d’Avolta : sur les 713 levées réussies en 2023, les deals se sont conclus en moyenne à une valorisation équivalente à 5,2 fois le CA (ratio médian des levées). Même si le 1er quartile (ce sont les 25% de levées les mieux valorisées) a levé à hauteur de 10,5 fois leur CA. Et bien entendu ces ratios dépendent de ton activité et de ton business modèle.

  • En activité : les MedTech (x5,4 le CA) et les Software d’entreprise (x4,8) sont bien mieux valorisées que la FoodTech (x2,5), la MarTech (x3,8) et la Mobility (x3,2).
  • En hyper-valorisation (1er quartile, c’est-à-dire le top 25% des levées) : ce sont les FinTech (x16,5) et les PropTech (x10,8) qui tirent le mieux leur épingle du jeu.
  • En modèle économique : l’abonnement (x4,8) est mieux valorisé qu’un modèle de commission (x3,7 pour des markets places par exemple) ou pour de la production hardware (x2,5).


Et trop souvent, on voit des fondateurs annoncer des valos nettement disproportionnées par rapport à cette réalité. Des x20. Des x30. Des x40.

Mais comment peux-tu séduire avec un prix trop cher ? Qui, dans la vie, accepte de surpayer quelque chose ? Pourquoi cela serait-il différent dans l’equity ? A quoi ça sert d’annoncer une valo délirante en regard des valorisations réelles des transactions ?

  • Nous entendons parfois des prospects que l’on pitche nous dire « oui, mais moi, c’est pas pareil, parce que j’ai un gros marché potentiel et des perspectives de croissance » à Ben oui, mais c’est le discours de la majorité des fondateurs qui lèvent. Or les investisseurs misent sur du concret. Pas sur de l’espérance.
  • On entend aussi « oui, mais je ne veux pas me faire diluer » à OK. C’est louable. Mais pourquoi donc ? Tu peux toujours dire que tu veux rester majoritaire jusqu’à ton tour de Série D. OK. Mais qui vas-tu leurrer ainsi ? Es-tu prêt à planter ta levée Seed parce que tu te projettes sur ta Série D ?
  • On entend parfois « mais ce ratio est débile » à Tu as le droit de le penser et c’est peut-être vrai. Mais … il est pris en compte par les investisseurs. Donc qu’importe : tu ne peux pas nier cette réalité
  • On entend encore « oui, mais ce ratio n’est qu’une moyenne. Mon idée est bien meilleure que la moyenne » à c’est super d’être fier de ton idée. Mais sachons raison garder : seules 0,7% des entreprises réussissent leur levée, et tu es en train de nous dire que tu es dans les 10% des meilleurs projets de ces 0,7% ? Donc dans le top 0,07% des entreprises qui lèvent ?
  • On entend enfin « Mais ce ratio valo / CA ne me concerne pas, car je n’ai pas de CA » à hé bien … si tu n’as pas de CA … c’est peut-être que ta boite n’a pas encore acquis la valeur a laquelle tu prétends ?

 

Tout ce que tu vas gagner avec une valorisation trop élevée, et même si ton projet est réellement génial, c’est de planter ta levée. Car n’en doute pas : sur le bureau des financeurs, se trouve forcément un projet tout aussi génial que le tien. Mais avec une valo plus raisonnable. Et selon toi : quel projet va choisir l’investisseur ?

Si tu rates ta levée en raison en raison de tes prétentions sur la valorisation, tu vas mettre en péril ta start-up et tu t’en souviendras toute ta vie. Au contraire, si tu te dilues un peu plus que souhaité (disons 25% au lieu de 20%) mais que tu réussis ainsi ta levée, tu oublieras très vite. Et ton entreprise sera placée sur les rails de l’hyper-croissance … c’est une perspective nettement plus réjouissante, n’est-ce pas ?

Le mot de la fin : tu penses que ton entreprise vaut X M€ ? Mais ton X M€ représente 40 fois ton CA ? Alors prouve ta valo par l’exemple. Va d’abord chercher le CA qui lui correspond effectivement. Tu n’en seras que plus crédible devant les investisseurs. Le reste, ce n’est que du jus de neurones. Les investisseurs veulent des fondateurs qui exécutent. Pas qui fantasment.