Quelles chances de réussir votre levée de fonds ? Analyse et conseils

Lever de fonds en cette fin d’année 2023 : retrouvez notre analyse des investissements sur la « nouvelle donne » des investisseurs VC en France et tous nos conseils ! » Comment évolue le montant des levées de fonds en 2023 par rapport aux années précédentes ? Et quelles conséquences ?

Quels secteurs tirent leur épingle du jeu en France ? Et quels sont ceux qui souffrent ?

A partir de quelle maturité peut-on lancer une levée de fonds en cette fin d’année 2023 ?

Nos conseils pour aborder sa levée de fonds pour le dernier trimestre 2023.

Levée de fonds 2023 : analyse des investissements VC et conseils

Factuellement, comment se situe 2023 par rapport aux années précédentes ?

Sur les 36 premières semaines de l’année, 2023 ne fait pas mieux que … 2020, annus horribilis, handicapée par le confinement et le quasi-gel des deals financiers au niveau mondial pendant 2 mois.

En montants, depuis le début de l’année, et sur une période comparable (les 36 premières semaines), les investissements VC 2023 en France

  • Dégringolent de 59% par rapport à 2022 : les start-up françaises ont levé 4,2 Mds€ depuis le début de l’année contre 10,2 Mds€ l’an dernier sur la même période.
  • Sont également nettement en retrait (-45%) par rapport à 2021.
  • Ne dépassent ceux de l’année Covid 2020 que de … 6% ! Autant dire rien du tout.

En nombre de deals conclus, la morosité de 2023 est encore plus spectaculaire :

  • Sur les 36 premières semaines de l’année, 2023 est en recul en moyenne de 31% par rapports à 2020, 2021 et 2022. Avec 459 levées réussies depuis le début de l’année contre 630 à la même période l’an dernier.


En termes de taille de levée :

  • Contrairement à la situation mondiale, les investissements VC 2023 petites levées sont globalement préservées en France (merci à l’avantage concurrentiel que représente BpiFrance pour les start-up françaises dans leurs premiers tours). Ainsi, le nombre de levées réussies inférieures à 10M€ a augmenté de 26%.
  • Ce sont surtout les tours de table supérieurs à 100 M€ qui se raréfient.


Cette diminution massive de l’investissement en equity dans la French Tech est la conséquence directe de la conjugaison de 3 facteurs internationaux : l’inflation, les inquiétudes géopolitiques, et la fin de la bulle Web3. Les investisseurs cherchant des investissements moins risqués que le capital … – risque

Quels secteurs tirent leur épingle du jeu en France ? Et quels sont ceux qui souffrent ?

  • Dans cette morosité, ce sont (sans grande surprise), les projets AI/ML qui sont le plus financés (650 M€ levée en 23Q2), devant le e-commerce qui résiste (550 M€) et le BioTech, secteur toujours très consommateur de cash (480 M€).
  • La FinTech reste une valeur sûre pour les investisseurs (320 M€ levés en 23Q2) : l’histoire récente ayant montré que la FinTech générait de nombreuses licornes.
  • Les projets Web3 poursuivent leur descente (180 M€ seulement levés).
  • Parmi les secteurs les moins financés, on trouve de manière surprenante des secteurs pourtant très prisés des investisseurs (le ClimateTech (90 M€) et le Saas Entreprise (50 M€)), ainsi que des secteurs de niche (LegalTech et AssurTech).

Quelles conséquences de cette réduction des financements en equity ?

Première conséquence : la durée des levées s’allonge. En 2022, la médiane était de 12.5 mois. Sur le premier semestre 2023, elle passe à 15.8 mois (notons qu’il s’agit ici des levées avec des fonds de capital-risque et de private equity) : Analyse des investissements VC 2023 les levées auprès de BA et réseaux de BA, voire de family offices sont cependant moins lentes à aboutir. Comptez tout de même 7 à 9 mois.

Deuxième conséquence : les levées sont plus compliquées, l’incertitude d’y parvenir augmente, mais les levées réussies sont aussi plus… justes. Les bons projets continuent d’être financés. Donc pas de panique : si vous avez un vrai projet, si vous avez des barrières à l’entrée, si vous avez des atouts concurrentiels, si vous avez prouvé votre aptitude à challenger le marché et à générer du CA (au-delà d’un simple POC ou de clients opportunistes), vous pourrez lever.
Mais pour des start-up ayant déjà levé précédemment, ayant mal géré leur cash-burn, ayant mal anticipé l’allongement des levées de fonds depuis l’été 2022, et n’ayant pas utilisé les fonds levés antérieurement pour générer de l’hyper-croissance, la situation se complique pour le tour suivant à engager.

Troisième conséquence : le nombre de start-up qui entament des procédures de plans de sauvegarde ou de dépôts de bilan augmente. Attention toutefois : contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là (notamment de la part des fondateurs en faillite), le dépôt de bilan n’est pas imputable aux financeurs. Ce sont des fondateurs trop dépensiers, trop timides dans le go-to-market, ou n’anticipant pas leurs besoins de trésorerie qui sont les premiers responsables de leur situation.

A partir de quelle maturité peut-on lancer une levée de fonds en cette fin d’année 2023 ?

Nous suggérons avant tout d’être patient. Car les investisseurs ont rendu plus sécures leurs critères internes d’investissement. Ils se montrent plus frileux à financer des projets dont la preuve de concept et l’intérêt du marché ne sont pas encore avérés. Le Pré-Seed a presque disparu chez les investisseurs institutionnels. De nombreux financeurs, qui pouvaient encore financer des start-up n’ayant pas CA il y a 18 mois (hors cas du DeepTech), demandent désormais un POC. Les financeurs early-stage qui demandaient un POC à 100 k€, demandent désormais 250 ou 300 k€ de CA. Et ainsi de suite …

Quel seuil pour ne pas se faire retoquer d’entrée et ne pas griller ses cartouches inutilement auprès des financeurs ? De manière empirique, dans le cadre des levées de fonds que nous vivons tous les jours sur le terrain auprès de nos clients, nous estimons que le seuil minimum actuellement est de 300 k€ de CA ou de 30 k€ de MRR (selon votre business modèle et vos modalités de facturation). A minima, pour ajouter des gages de succès à votre levée de fonds, nous suggérons que vous collectiez des lettres d’intention auprès de votre réseau et de vos prospects intéressés, au-delà du seul CA réalisé.

Nous entendons parfois, de la part de fondateurs trop pressés, mal avisés, voire utopistes, le discours suivant : « je lance ma levée même sans ou avec peu de CA, et si ça ne passe pas, je reviendrai voir les fonds dans 6 mois ». Mais dans la vraie vie de l’equity, cette stratégie ne fonctionne pas. Les investisseurs sont sur-sollicités : et face à un dossier qu’ils ont déjà vu passer il y a 9 ou 12 mois, et même si votre traction a démarré significativement entre temps, il y a de fortes chances qu’ils répondent « nous avons déjà rendu notre avis sur ce dossier ».

Partir trop tôt dans sa levée, c’est donc désormais prendre le risque de se griller auprès de l’écosystème des financeurs. Et donc de réduire quasiment à néant vos espoirs de réussir une levée adaptée à vos besoins.

Dans ces conditions, comment aborder sa levée de fonds pour le dernier trimestre 2023 ?

Nous suggérons de revenir à des pratiques de bon sens

  • Conseil n°1 : êtes-vous une start-up ou une PME ? Si vous êtes une PME (en raison de votre activité, de votre ambition ou de votre rythme de croissance), une levée de fonds aura peu de chance de succès. Ce qui intéresse les investisseurs, c’est votre aptitude à générer du… up !
  • Conseil n°2 : définissez une stratégie de conquête du marché. Et mettez-la en œuvre avant de lancer votre roadshow. Sans stratégie, et sans premières preuves de traction commerciale, votre discours ne sera qu’une incantation. Aucune raison que les investisseurs vous suivent uniquement par confiance.
  • Conseil n°3 : présentez un vrai POC (Proof of concept) déjà commercialisé. Tout fondateur pense que son activité répond à une demande. Alors, prouvez-le si vous en êtes si persuadé ! Ce sera le meilleur moyen de convaincre les investisseurs.
  • Conseil n°4 : présentez un Business Plan avec des charges maîtrisées, appuyées sur votre stratégie et vos inputs de vente. Trop souvent, nous voyons un deck d’un côté, un BP de l’autre et… peu de cohérence entre les deux. Comment être crédible si story telling et chiffres divergents ?
  • Conseil n°5 : mixez dilutif et non-dilutif. Diversifiez vos sources de financement externes en vous tournant vers du non-dilutif (notamment obligations et/ou Revenu Based Financing). Ce sont des solutions méconnues, mais qui sont de belles alternatives, intéressantes, accessibles, sécurisantes. Alors oui, ça demande plus de travail. Mais après tout, quand on fonde une start-up, c’est qu’on aime les grosses journées, n’est-ce pas ?
  • Conseil n°6 : témoignez de votre ambition. Soyez un fondateur qui « a faim » : le trop d’ambition ne pourra vous être reproché par les investisseurs. Autant il est possible de brider un fondateur trop ambitieux, autant il n’est pas possible de faire courir un bourricot. Les investisseurs privilégient donc les cracks.
  • Conseil n°7 : affichez une valorisation raisonnable. Au-delà de 10 à 12 fois votre chiffre d’affaires en Seed, votre valorisation risquera de paraître excessive aux investisseurs. Et ceux-ci, indépendamment de la qualité de votre projet, risqueront donc de passer au dossier suivant. Lever des fonds n’est pas un examen, c’est un concours. Il faut donc être meilleur que tous les autres dossiers sur le bureau de l’investisseur. Et ce sur tous les plans. Y compris la valorisation.
  • Conseil n°8 : appréhendez les motivations des investisseurs. Cherchez à comprendre leurs motivations. Comment convaincre des partenaires financiers si vous ne savez pas répondre à leurs attentes ? C’est un point de passage sur lequel nous passons beaucoup de temps à sensibiliser nos clients.

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