Levée de fonds 2023 au cours du troisième trimestre de l’année 2022, les fonds levés au niveau mondial ont subi une baisse significative de 50% par rapport à la même période en 2021, passant de 172 milliards de dollars à 83 milliards de dollars (source Crunchbase).
Ce constat alarmant révèle un changement de paradigme majeur dans le domaine des levées de fonds, avec un rapport de force qui semble désormais pencher du côté des investisseurs. Ces derniers sont devenus plus sélectifs dans leurs critères d’investissement. Quels sont les nouveaux fondamentaux qui émergent dans le domaine du capital-risque ?
Nous observons ces évolutions au quotidien, en accompagnant les start-up dans leurs démarches de levée de fonds. Ces changements sont cruciaux pour les fondateurs, qui doivent prendre conscience de ces nouvelles réalités pour réussir leur levée de fonds dans des délais raisonnable
Éclairages sur le changement de paradigme que nos experts et analystes constatent
La diminution des fonds levés touche désormais également la France. Bien que sur le long terme, nous ayons assisté à une augmentation de 26% des levées de fonds en 2022 par rapport à 2021, à court terme, la baisse est manifeste. Au troisième trimestre de 2022, seulement 2,5 milliards d’euros ont été levés, contre 5 milliards au premier trimestre. Cette tendance affecte principalement les start-up early-stage, avec une diminution de 40% des levées en pré-Seed et de 29% en Seed.
Nos experts identifient deux facteurs contribuant à ce ralentissement, avec des effets cumulatifs :
Premièrement, les investisseurs font preuve d’une grande prudence :
D’une part, la pérennité des start-up est précaire. Selon Crunchbase, 80% d’entre elles font faillite, même si aucune donnée de l’INSEE ne permet de le confirmer. Il est essentiel de ne jamais oublier que le capital-risque comporte un élément de risque. Un fondateur qui ne comprend pas cela aura du mal à séduire les investisseurs avec un projet solide.
D’autre part, les bailleurs de fonds des investisseurs investissent moins, ce qui exerce une pression supplémentaire sur ces derniers ;
Ainsi, en 2023, les investisseurs préfèrent privilégier le soutien de leur portefeuille actuel, en proposant des solutions de bridge financing ou en accompagnant leurs start-up lors de levées de fonds ultérieures, plutôt que de prendre des risques en élargissant leur portefeuille de participations.
Deuxièmement, les start-up semblent avoir modifié leur approche :
De nombreuses start-up avaient adopté un modèle économique basé sur des déficits chroniques, une croissance rapide des effectifs et une survie exclusivement liée aux levées successives de fonds. Les investisseurs s’attendent désormais à ce que les start-up visent avant tout la rentabilité et l’autofinancement rapide, atteignant le célèbre seuil de rentabilité, qui est un critère clé pour les investisseurs.
Il était courant que des fondateurs sollicitent des levées de fonds sans que leur projet relève véritablement de la start-up, mais plutôt de la PME. Cette approche est tout à fait légitime, mais moins adaptée aux levées de fonds.
Beaucoup de projets étaient construits sur des bases fragiles, notamment dans des domaines tels que le Web3, où les cryptomonnaies semblaient être la solution miracle, ou dans le domaine du numérique, où des recrutements massifs étaient effectués en espérant qu’un grand éditeur rachèterait l’entreprise. Les projets à impact social ou environnemental limité étaient également nombreux.
Avec des ressources plus limitées et une expérience accrue, Levée de fonds 2023 : changement de paradigme , le capital-risque en France est devenu une activité mature. Les investisseurs adoptent désormais une approche plus pragmatique. L’effet de nouveauté des levées de fonds s’est estompé et s’est professionnalisé au fil des années. Cette évolution permet aux fonds d’investissement d’adopter une approche plus entrepreneuriale, axée sur des valeurs éthiques et des investissements réfléchis.
Au cours des dernières années, la valorisation des start-up reposait principalement sur des projections futures hypothétiques et des taux d’actualisation élevés en raison des risques associés. Cette méthode de valorisation était basée sur des hypothèses souvent fantaisistes.
En ce début de 2023, les investisseurs reviennent à des méthodes de valorisation basées sur des données concrètes, telles que le chiffre d’affaires prévisionnel, étayées par des études de marché approfondies. Cela allonge les délais d’analyse, ce qui peut déstabiliser les fondateurs pressés de lever des fonds ou en difficulté de trésorerie.
Avec moins de financements disponibles et des critères d’investissement plus stricts, une anxiété grandissante règne au sein de l’écosystème des start-up. Beaucoup d’entre elles, dépourvues d’une vision claire, se retrouvent contraintes de lever des fonds en urgence pour éviter une crise de trésorerie. Cependant, les investisseurs ne sont plus disposés à suivre le rythme effréné des start-up, ce qui engendre des frustrations liées aux délais de levée de fonds de plus en plus longs.
Les investisseurs s’attendent à ce que les fondateurs anticipent leur consommation de trésorerie et mettent en place des mesures préventives et correctives.
Nous constatons cette anxiété à travers de nombreux dossiers que nous recevons actuellement :
Des dossiers incomplets avec des prévisions de trésorerie insuffisamment travaillées et des dépenses mal maîtrisées, ce qui ne présente aucune valeur pour la start-up ou l’investisseur ;
Des modèles économiques fragiles ;
Des exigences impossibles à tenir quant aux délais de levées attendus ;
Un manque de créativité en matière de développement commercial et de marketing, avec une utilisation insuffisamment réfléchie des fonds attendus ;
Des tours de passe-passe sémantiques utilisés hors de propos (IA, blockchain, marketing inbounds) ;Des concepts technologiques inappropriés ;
Des fondateurs déconnectés de la réalité du marché et de leurs clients.
En conséquence, de nombreux fondateurs s’étonnent du refus d’utilisation immédiate de ce qu’ils considèrent comme leur plan de croissance. Un plan de croissance doit être construit sur des bases solides, pas être une simple bouée de sauvetage.
Avec la diminution des financements disponibles, les start-up doivent être prêtes à revoir leur valorisation à la baisse, ce qui pourrait entraîner des dilutions importantes lors des prochains tours de table ou des négociations de rachat moins avantageuses.
Pour nous, cette levée de fonds 2023 : changement de paradigme est structurelle et durable. Elle est amplifiée par l’inflation élevée et les incertitudes géostratégiques, mais s’inscrit dans une tendance de fond.
Le capital-risque est désormais une activité mature, et les investisseurs sont de plus en plus sélectifs. Ils sont capables de distinguer les projets de qualité des projets superficiels, et ils encouragent les start-up à adopter des approches créatives et volontaristes pour conquérir le marché.
Comment les fondateurs en quête de financements peuvent ils s’adapter à ce nouveau paradigme en 2023 ? Nous vous invitons à découvrir nos 8 conseils pour réussir votre levée de fonds en 2023 dans notre prochain article.