Les coulisses d’une levée de fonds : interview de Théo Desprez, co-fondateur de Fil & Fab

Nous avons accompagné la levée de fonds de Fil & Fab, entreprise brestoise à l’initiative de la première filière de recyclage de filets de pêche. Théo, son co-fondateur et Président revient pour vous sur son expérience.

Si tu devais choisir une image illustrant le parcours de levée de fonds que tu as vécu, ce serait laquelle ?

Théo : Tu le sais. J’aime la Bretagne et Fil & Fab est ancré dans un univers maritime. Alors l’image qui me vient spontanément, c’est celle d’un océan et… d’un très bel horizon. Sur l’océan, une barque et moi à l’intérieur… Et je me demande à quel moment je vais bien pouvoir atteindre l’horizon… (Rires)

Cette levée de fonds t’a paru longue ?

Théo : Elle a duré 1 an et demi… Et oui… c’est long ! Mais nous sommes aujourd’hui heureux d’avoir levé un montant de 380 k€ en equity qui nous ouvre de belles perspectives pour faire grandir Fil & Fab 

Quels principaux enseignements tires-tu de cette période très particulière ?

Théo : ils sont nombreux… Lever des fonds est une démarche super apprenante. Mon enseignement N°1, c’est qu’il faut vraiment tenir bon et garder confiance. Confiance en son projet, confiance en l’équipe et confiance en soi. Cette confiance est primordiale dans un contexte où, malgré notre engagement, on essuie de très nombreux refus. Il faut donc être tenace.

Et puis il faut aussi parvenir à rester concentré sur son business. Car même en levée de fonds, ce qui prime c’est toujours, voire encore plus, le chiffre d’affaires.  Nous sommes une équipe de 3 chez Fil & Fab et nous avons pu nous répartir la tâche. Moi sur le suivi global de la levée ; mais on pitchait avec Georges pour montrer la complémentarité de l’équipe ; Yann et Georges  restaient focus sur le business. Ça a beaucoup compté.

Autre enseignement… L’importance du timing pour lancer votre roadshow. Ne s’engager ni trop tôt, ni trop tard. Y aller dès qu’on sait qu’on aura besoin de ces fonds.

Enfin, une fois le closing réalisé, nous avons fait le choix de garder le contact avec tous les financeurs rencontrés, même ceux qui ont non. Nous les tiendrons informés de l’actualité et des nouveaux développements de Fil & Fab. On ne sait jamais… Pour un deuxième tour, ça peut être utile !

Et toi Théo, à titre plus personnel, tu as sûrement « grandi » avec cette expérience ?

Théo : Oui c’est sûr. Il y a un avant et un après… Je crois que cette levée a été l’occasion de préciser ma vision personnelle de Fil & Fab et de son avenir.  Au-delà, c’est aussi notre vision collective qui a été challengée. On a dû s’aligner plus fortement autour de l’ambition qui est la nôtre.

J’ai aussi gagné en maîtrise globale sur différents sujets. Des sujets financiers notamment. Et cette maîtrise est précieuse car elle me permet aujourd’hui d’anticiper davantage le pilotage de la boîte.

Je suis aussi plus résilient. Je sais maintenant que tout peut s’écrouler… presque du jour au lendemain. Dans la vie d’une entreprise, il y forcément des déceptions. Il faut les digérer et apprendre à se remotiver très rapidement. Le collectif compte beaucoup pour ça.

Et puis cette levée m’a permis de renouer avec une ancienne passion : le running. J’ai eu besoin de trouver un espace de ressourcement. J’ai donc repris l’entraînement pour finalement courir le marathon de Paris et celui de La Rochelle cette année ! Histoire aussi de me décentrer sur un autre type de challenge ! Donc 2 marathons et 1 levée de fonds…

Par quelles principales émotions es-tu passé ?

Théo : Une levée de fonds, c’est comme un… ascenseur émotionnel… Au début, on est confiant à 150 % et les déceptions s’accumulent. Des rendez-vous sans intérêt, des critiques, des non. Heureusement, il y a aussi de bonnes nouvelles et de belles rencontres. Tout ça se mélange ! Donc tu apprends progressivement à garder la tête froide. Et à ne croire à rien. Tant que rien n’est signé.

Qu’est-ce qui t'a semblé le plus difficile à gérer durant ta levée de fonds ?

Théo : Sans hésiter, pour moi, ça a été la gestion du temps, en particulier celle des échéances. Et je veux ici vraiment remercier tous nos partenaires fournisseurs avec lesquels nous avons toujours pu trouver des solutions dans un contexte où côté tréso, c’était parfois chaud !

Et puis, au cœur de la levée, alors qu’on y croyait dur comme fer et que les négos étaient très avancées avec un industriel allemand (4 mois de discussions environ), on reçoit un mail laconique de leur part : finalement ils ne s’engagent pas : un coup de massue pour moi et pour l’équipe ! J’en étais presque rendu à refaire mon CV… Dur !

Et les bons souvenirs ?

Théo : Oui il y en a plein ! Par exemple un aller-retour à Dax avec Georges, à la rencontre d’une Familly office qui nous a super bien accueillis. On a fait une réunion avec 3 générations. Un réel moment de partage. C’était presque émouvant.

Et plus récemment, la dernière LOI qui m’a fait dire : ça y’est, j’arrête de chercher des fonds… Ouf, on passe à l’étape suivante : le juridique… et le business 

La levée a-t-elle eu un impact avec tes collègues et associés ? Si oui, lesquels ?

Théo : Toutes les décisions ont été collectives. On a tous géré ensemble et dans une vision commune. C’est vrai aussi pour les erreurs. On les a faites ensemble ! Donc forcément, ça renforce les liens et ça génère de la cohésion.

Et avec ton environnement : fournisseurs, clients ?

Théo : Cette levée nous a montré toute la confiance qu’ils nous accordent. Et en conséquence toute l’exigence que nous devons avoir pour être à la hauteur de cette confiance. Ça met la pression !

Quels conseils aurais-tu envie de donner aux fondateurs qui, comme vous, se sont lancés ou se lancent dans une levée ?

Être résilient. Accepter l’idée que ça ne se passera pas comme prévu. Être adaptable et agile. Apprendre à ne pas stresser et prendre le recul suffisant.

On joue sa boîte. Pas sa Vie ! Et s’ils peuvent éviter de passer par une levée… c’est mieux ! (Rires)

Comment vois-tu l’avenir de Fil et Fab ?

On redémarre la production ! On recrute une équipe de prod qui arrivera en janvier prochain. Notre sujet 2024, ce sera l’industrialisation du processus de tri.

Et on est vraiment en train de passer un Cap. On a de la visibilité commerciale vers de nouveaux segments de clients très industriels et très gros… On se diversifie ! Et on a des prospects très sérieux à l’étranger, notamment l’Italie, la Grèce, le Maroc, le Canada et le Québec…

Sans la levée, ça n’aurait pas été jouable.

Un dernier mot pour l’équipe d’Aaticka ?

Juste MERCI. Un merci plein et sincère. Vous nous avez donné un cadre. Vous nous avez reboostés quand il le fallait. Ça a été précieux dans l’atteinte de nos objectifs.

Fil & Fab est une entreprise brestoise. Elle a créé la première filière de recyclage de filets de pêche.
Son activité consiste à récupérer les filets usagés, les broyer puis les transformer en granulés plastiques, prêts à être transformés en de nouveaux objets.

L’équipe : 3 co-dirigeants  – Et ils sont très sympas -:)

Théo Desprez : Président et coordinateur de filières

Georges Canal : Directeur industriel

Yann Louboutin : Commercial et Communication

En savoir plus : https://www.fil-et-fab.fr/